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CHAPTER XLII

时间:2020-10-13来源:互联网 进入法语论坛
核心提示:Un grand jour que le jour d'ouverture d'un Salon!Trois mille peintres, sculpteurs, graveurs, architectes l'ont attendu s
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 Un grand jour que le jour d'ouverture d'un Salon!
 
Trois mille peintres, sculpteurs, graveurs, architectes l'ont attendu sans dormir, dans l'anxiété de savoir où l'on a placé leurs œuvres, et l'impatience d'écouter ce que ce public de première représentation va en dire. Médailles, décorations, succès, commandes, achats du gouvernement, gloire bruyante du feuilleton, leur avenir, tout est là, derrière ces portes encore fermées de l'Exposition. Et les portes à peine ouvertes, tous se précipitent.
 
C'est une foule, une mêlée. Ce sont des artistes en bande, en famille, en tribu; des artistes gradés donnant le bras à des épouses qui ont des cheveux en coques, des artistes avec des maîtresses à mitaines noires; des chevelus arriérés, des élèves de Nature coiffés d'un feutre pointu; puis des hommes du monde qui veulent «se tenir au courant»; des femmes de la société frottées à des connaissances artistiques, et qui ont un peu dans leur vie effleuré le pastel ou l'aquarelle; des bourgeois venant se voir dans leurs portraits et recueillir ce que les passants jettent à leur figure; de vieux messieurs qui regardent les nudités avec une lorgnette de spectacle en ivoire; des vieilles faiseuses de copies, à la robe tragique, et qu'on dirait taillée dans la mise-bas de mademoiselle Duchesnois, s'arrêtant, le pince-nez au nez, à passer la revue des torses d'hommes qu'elles critiquent avec des mots d'anatomie. Du monde de tous les mondes: des mères d'artistes, attendries devant le tableau filial avec des larmoiements de portières; des actrices fringantes, curieuses de voir des marquises en peintures; des refusés hérissés, allumés, sabrant tout ce qu'ils voient avec le verbe bref et des jugements féroces; des frères de la Doctrine chrétienne, venus pour admirer les paysages d'un gamin auquel ils ont appris à lire; et çà et là, au milieu de tous, coupant le flot, la marche familière et l'air d'être chez elles, des modèles allant aux tableaux, aux statues où elles retrouvent leur corps, et disant tout haut: «Tiens! me voilà!» à l'oreille d'une amie, pour que tout le monde entende… On ne voit que des nez en l'air, des gens qui regardent avec toutes les façons ordinaires et extraordinaires de regarder l'art. Il y a des admirations stupéfiées, religieuses, et qui semblent prêtes à se signer. Il y a des coups d'œil de joie que jette un concurrent à un tableau raté de camarade. Il y a des attentions qui ont les mains sur le ventre, d'autres qui restent en arrêt, les bras croisés et le livret sous un bras, serré sous l'aisselle. Il y a des bouches béantes, ouvertes en o, devant la dorure des cadres; il y a sur des figures l'hébétement désolé, et le navrement éreinté qui vient aux visages des malheureux obligés par les convenances sociales d'avoir vu toutes ces couleurs. Il y a les silencieux qui se promènent avec les mains à la Napoléon derrière le dos; il y a les professants qui pérorent, les noteurs qui écrivent au crayon sur les marges du livret, les toucheurs qui expliquent un tableau en passant leur gant sale sur le vernis à peine séché, les agités qui dessinent dans le vide toutes les lignes d'un paysage, et reculent du doigt un horizon. Il y a des dilettantes qui parlent tout seuls et se murmurent à eux-mêmes des mots comme smorfia. Il y a des hommes qui traînent des troupeaux de femmes aux sujets historiques. Il y a des ateliers en peloton, compactes et paraissant se tenir par le pan de leurs doctrines. Il y a de grands diables à cravates de foulard, les longs cheveux rejetés derrière les oreilles, qui serpentent à travers les foules et crachent, en courant, à chaque toile, un lazzi qui la baptise. Il y a, devant d'affreux vilains tableaux convaincus et de grandes choses insolemment mal peintes, comme de petites églises de pénétrés, des groupes de catéchumènes en redingotes, chacun le bras sur l'épaule d'un frère, immobiles; changeant seulement de pied de cinq en cinq minutes, le geste dévotieux, la parole basse, et tout perdus dans l'extatisme d'une vision d'apôtres crétins…
 
Spectacle varié, brouillé, sur lequel planent les passions, les émotions, les espérances volantes, tourbillonnantes, tout le long de ces murs qui portent le travail, l'effort et la fortune d'une année!
 
Coriolis voulut ce jour-là faire «l'homme fort». Il n'avança pas l'heure du déjeuner, par une espèce de déférence pour la blague d'Anatole. Mais au dessert l'impatience commença à le prendre. Il trouvait qu'Anatole mettait des éternités à prendre son café. Et le voyant siroter son gloria en disant tranquillement:—Nous avons bien le temps!—il l'enleva brusquement de table, l'emporta dans un coupé et se jeta avec lui dans les salles. Anatole voulait s'arrêter à des tableaux, l'appelait, le retenait: Coriolis s'échappait, allait devant lui; il voulait se voir.
 
Il arriva à ses tableaux. Sa première toile lui donna dans la poitrine ce coup de poing que vous envoie votre œuvre exposée, accrochée, publique. Tout disparut; il eut ce premier grand éblouissement de sa chose où chacun voit en grosses lettres: MOI!
 
Puis il regarda: il était bien placé. Cependant, au bout d'un moment, il trouva que sa place, si bonne qu'elle fût, avait des inconvénients, des voisinages qui lui nuisaient. La lumière ne donnait pas juste sur la Halte de Bohémiens; le jour l'éclairait un peu à faux. Sa Vue d'Adramiti avait l'honneur du grand Salon; mais le portrait gris et terriblement sobre de Garnotelle, placé à côté, le faisait paraître un peu trop «bouchon de carafe». Du reste, ses trois tableaux étaient sur la cimaise. Sans doute, ce n'était pas tout ce qu'il aurait voulu: Coriolis était peintre, et, comme tout peintre, il ne se serait estimé tout à fait bien placé que s'il avait été exposé absolument seul dans le Salon d'honneur. Mais enfin c'était satisfaisant, il n'avait pas à se plaindre; et tout heureux d'être débarrassé d'Anatole accroché par d'anciens amis d'atelier, il se mit à se promener dans le voisinage de ses tableaux en faisant semblant de regarder ceux qui étaient à côté, l'oreille aux aguets, essayant d'attraper des mots de ce qu'on disait de lui, et laissant tomber des regards d'affection sur les gens qui stationnaient devant sa signature.
 
Bientôt lui arriva une joie que donne le succès direct, tout vif et présent, la joie chaude de l'homme qui se voit et se sent applaudi par un public qu'il touche des yeux et du coude. Il lui passa un chatouillement d'orgueil au bruit de son nom qui marchait dans la foule. Il était remué par des bouts de phrases, des exclamations, des chaleurs de sympathie, des riens, des gestes, des approbations de tête, qui saluaient et félicitaient ses toiles. Une bande de rapins en passant lança des hourras. Un critique s'arrêta devant, et demeura le temps de penser un feuilleton sans idées. Peu à peu, l'heure s'avançant, les passants s'amassèrent; aux regardeurs isolés, aux petits groupes succéda un rassemblement grossissant, trois rangées de spectateurs tassés, serrés, emboîtés l'un dans l'autre, montrant trois lignes de dos, froissant entre leurs épaules deux ou trois robes de femmes, et renversant une soixantaine de fonds ronds de chapeaux noirs où le jour tombé d'en haut lustrait la soie.
 
Coriolis serait resté là toujours si Anatole n'était venu le prendre par le bras en lui disant:
 
—Est-ce que tu ne consommerais pas quelque chose?
 
Et il l'emmena dans un café des boulevards où Coriolis, en fumant son cigare et en regardant devant lui, revoyait tous ces dos devant ses tableaux.
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