法语学习网
当前位置:首页 » 法语阅读 » 法国文学 » Manette Salomon » 正文

CHAPTER L

时间:2020-10-13来源:互联网 进入法语论坛
核心提示:Le lundi, Manette fut exacte. Aprs quelques mots, elle commenase dshabiller lentement, rangeant avec ordre sur le divan
(单词翻译:双击或拖选)
 Le lundi, Manette fut exacte. Après quelques mots, elle commença à se déshabiller lentement, rangeant avec ordre sur le divan les vêtements qu'elle quittait. Puis elle monta sur la table à modèle avec sa chemise remontée contre sa poitrine, et dont elle tenait entre ses dents le festonnage d'en haut, dans le mouvement ramassé, pudique, d'une femme honnête qui change de linge.
 
Car, malgré leur métier et leur habitude, ces femmes ont de ces hontes. La créature bientôt publique qui va se livrer toute aux regards des hommes, a les rougeurs de l'instinct, tant que son talon ne mord pas le piédestal de bois qui fait de la femme, dès qu'elle s'y dresse, une statue de nature, immobile et froide, dont le sexe n'est plus rien qu'une forme. Jusque-là, jusqu'à ce moment où la chemise tombée fait lever de la nudité absolue de la femme la pureté rigide d'un marbre, il reste toujours un peu de pudicité dans le modèle. Le déshabillé, le glissement de ses vêtements sur elle, l'idée des morceaux de sa peau devenant nus un à un, la curiosité de ces yeux d'hommes qui l'attendent, l'atelier où n'est pas encore descendue la sévérité de l'étude, tout donne à la poseuse une vague et involontaire timidité féminine qui la fait se voiler dans ses gestes et s'envelopper dans ses poses. Puis, la séance finie, la femme revient encore, et se retrouve à mesure qu'elle se rhabille. On dirait qu'elle remet sa pudeur en remettant sa chemise. Et celle-là qui donnait à tous, il n'y a qu'un instant, toute la vue de sa jambe, se retournera pour qu'on ne la voie pas attacher sa jarretière.
 
C'est dans la pose seulement que la femme n'est plus femme, et que pour elle les hommes ne sont plus des hommes. La représentation de sa personne la laisse sans gêne et sans honte. Elle se voit regardée par des yeux d'artistes; elle se voit nue devant le crayon, la palette, l'ébauchoir, nue pour l'art de cette nudité presque sacrée qui fait taire les sens. Ce qui erre sur elle et sur les plus intimes secrets de sa chair, c'est la contemplation sereine et désintéressée, c'est l'attention passionnée et absorbée du peintre, du dessinateur, du sculpteur, devant ce morceau du Vrai qu'est son corps: elle se sent être pour eux ce qu'ils cherchent et ce qu'ils travaillent en elle, la vie de la ligne qui fait rêver le dessin.
 
De là aussi, chez les modèles, ces répugnances, cette défense contre la curiosité des amis, des connaissances venant visiter un peintre, ces peurs, ces alarmes devant tous les gens qui ne sont pas du métier, ce trouble sous ces regards embarrassants d'intrus qui regardent pour regarder, et qui font que tout à coup, au milieu d'une séance, un corps de femme s'aperçoit qu'il est nu et se trouve tout déshabillé.—Un jour, dans l'atelier de M. Ingres, une femme posait devant trente élèves, trente paires d'yeux; tout à coup, on la vit se précipiter de la table à modèle, effarée, frissonnante, honteuse de toute la peau, et courant à ses vêtements se couvrir bien vite tant bien que mal du premier qu'elle trouva: qu'avait-elle vu? Un couvreur qui la regardait d'un toit voisin, par la baie au-dessus de sa tête.
 
Cette honte de femme dura une seconde chez Manette. Soudain, elle laissa tomber de ses dents desserrées la fine toile qui glissa le long de son corps, fila de ses reins, s'affaissa d'un seul coup au bas d'elle, tomba sur ses pieds comme une écume. Elle repoussa cela d'un petit coup de pied, le chassa par derrière ainsi qu'une queue de robe; puis, après avoir abaissé sur elle-même un regard d'un moment, un regard où il y avait de l'amour, de la caresse, de la victoire, nouant ses deux bras au-dessus de sa tête, portant son corps sur une hanche, elle apparut à Coriolis dans la pose de ce marbre du Louvre qu'on appelle le Génie du repos éternel.
 
La Nature est une grande artiste inégale. Il y a des milliers, des millions de corps qu'elle semble à peine dégrossir, qu'elle jette à la vie à demi façonnés, et qui paraissent porter la marque de la vulgarité, de la hâte, de la négligence d'une création productive et d'une fabrication banale. De la pâte humaine, on dirait qu'elle tire, comme un ouvrier écrasé de travail, des peuples de laideur, des multitudes de vivants ébauchés, manqués, des espèces d'images à la grosse de l'homme et de la femme. Puis de temps en temps, au milieu de toute cette pacotille d'humanité, elle choisit un être au hasard, comme pour empêcher de mourir l'exemple du Beau. Elle prend un corps qu'elle polit et finit avec amour, avec orgueil. Et c'est alors un véritable et divin être d'art qui sort des mains artistes de la Nature.
 
Le corps de Manette était un de ces corps-là: dans l'atelier, sa nudité avait mis tout à coup le rayonnement d'un chef-d'œuvre.
 
Sa main droite, posée sur sa tête à demi tournée et un peu penchée, retombait en grappe sur ses cheveux; sa main gauche, repliée sur son bras droit, un peu au-dessus du poignet, laissait glisser contre lui trois de ses doigts fléchis. Une de ses jambes, croisée par devant, ne posait que sur le bout d'un pied à demi levé, le talon en l'air; l'autre jambe, droite et le pied à plat, portait l'équilibre de toute l'attitude. Ainsi dressée et appuyée sur elle-même, elle montrait ces belles lignes étirées et remontantes de la femme qui se couronne de ses bras. Et l'on eût cru voir de la lumière la caresser de la tête aux pieds: l'invisible vibration de la vie des contours semblait faire frémir tout le dessin de la femme, répandre, tout autour d'elle, un peu du bord et du jour de son corps.
 
Coriolis n'avait pas encore vu des formes si jeunes et si pleines, une pareille élégance élancée et serpentine, une si fine délicatesse de race gardant aux attaches de la femme, à ses poignets, à ses chevilles, la fragilité et la minceur des attaches de l'enfant. Un moment, il s'oublia à s'éblouir de cette femme, de cette chair, une chair de brune, mate et absorbant la clarté, blanche de cette chaude blancheur du Midi qui efface les blancheurs nacrées de l'Occident, une de ces chairs de soleil, dont la lumière meurt dans des demi-teintes de rose thé et des ombres d'ambre.
 
Ses yeux se perdaient sur cette coloration si riche et si fine, ces passages de ton si doux, si variés, si nuancés, que tant de peintres expriment et croient idéaliser avec un rose banal et plat; ils embrassaient ces fugitives transparences, ces tendresses et ces tiédeurs de couleurs qui ne sont plus qu'à peine des couleurs, ces imperceptibles apparences d'un bleu, d'un vert presque insensible, ombrant d'une adorable pâleur les diaphanéités laiteuses de la chair, tout ce délicieux je ne sais quoi de l'épiderme de la femme, qu'on dirait fait avec le dessous de l'aile des colombes, l'intérieur des roses blanches, la glauque transparence de l'eau baignant un corps. Lentement, l'artiste étudiait ces bras ronds, aux coudes rougissants, qui, levés, blanchissaient sur ces cheveux bruns, ces bras au bas desquels la lumière, entrant dans l'ombre de l'aisselle, montrait des fils d'or frisant dans du jour; puis, le plan ferme de la poitrine blanche et azurée de veinules; puis cette gorge plus rosée que la gorge des blondes, et où le bout du sein était de la nuance naissante de l'hortensia.
 
Il suivait l'indication presque tremblée des côtes, la ligne à peine éclose d'un torse de jeune fille, encore contenu et comprimé dans sa grâce, à demi mûr, serré dans sa jeunesse comme dans l'enveloppe d'un bouton. Une taille à demi épanouie, libre, roulante, heureuse, comme la taille des femmes qui n'ont jamais porté de corset, lui montrait cette jolie indication molle et sans coupure, la ceinture naturelle marquée d'un sinus d'amour dans le bronze et le marbre des statues antiques. De cette taille, son regard allait au douillet modelage, aux inflexions, aux méplats, à la rondeur enveloppée, à la douce et voluptueuse ondulation d'un ventre de vierge, d'un ventre innocent, presque enfantin, sculpté dans sa mollesse et délicatement dessiné dans le flou de sa chair: une petite lumière, à demi coulée au bord du nombril, semblait une goutte de rosée glissant dans l'ombre et le cœur d'une fleur. Il allait à ce bas du ventre, où il y avait de la convexité d'une coquille et du rentrant d'une vague, à l'arc des hanches, à ces cuisses charnues, caressées, sur le doux grain de leur peau, de blancheurs tranquilles et de lueurs dormantes, à ces genoux moelleux, délicats et noyés, cachant si coquettement sous leurs demi-fossettes l'agrafe des muscles et le nœud des os, à ces jambes polies et lustrées, qui semblaient garder chez Manette, comme chez certaines femmes, le luisant d'un bas de soie, à ce fuseau de la cheville, à ces malléoles de petite fille, où s'attachait un tout petit pied, maigre et long, l'orteil en avant, les doigts un peu rosés au bout…
 
Sous cette attention qui semblait ne pas travailler, Manette à la fin éprouva une sorte d'embarras. Laissant retomber ses bras et décroisant ses jambes, elle parut demander à Coriolis de lui indiquer la pose.
 
—Nom d'un petit bonhomme!—s'écria Anatole dans un élan d'admiration, et mettant sur ses genoux un carton, il commença à tailler un fusain.
 
—Tu vas faire une étude, toi?—lui dit Coriolis avec un «toi» assez durement accentué.
 
—Un peu… Je ne t'ai pas dit… un fabricant de papier à cigarettes… Il m'a demandé une Renommée grandeur nature… Quatre cents balles! s'il vous plaît.
 
Coriolis, sans répondre, alla à Manette, la mit dans la pose de sa baigneuse, revint à sa place et se mit à travailler. De temps en temps, il s'arrêtait, tirait et froissait sa moustache, regardait de côté Anatole, auquel il finit par dire:
 
—Tu es assommant avec ton tic!… Tu ne sais pas comme c'est nerveux…
 
Anatole avait pris la bizarre habitude, toutes les fois qu'il peignait ou dessinait, de se mordiller perpétuellement un bout de la langue qu'il avançait à un coin de la bouche, comme la langue d'un chien de chasse.
 
—Je vais te tourner le dos, voilà tout…
 
—Non, tiens, laisse-moi… va-t'en, veux-tu? Aujourd'hui… je ne sais ce que j'ai… j'ai besoin d'être seul pour faire quelque chose…
 
Le lendemain et pendant tout le mois, Anatole alla se promener pendant la séance de Manette: il avait pris son parti de faire sa Renommée «de chic».
顶一下
(0)
0%
踩一下
(0)
0%

热门TAG: 法语 文学


------分隔线---------- ------------------
[查看全部]  相关评论