【法语版】L'île au trésor 金银岛 II (4)
II Chien-noir se montre et disparaît (4)
Enfin, le Capitaine entra, poussant la porte devant lui sans regarder de
notre côté ni remarquer notre présence, et il se dirigea vers la table où
l’attendait son déjeuner.
« Bill ! » dit alors l’étranger d’une voix qu’il essayait manifestement de
faire aussi grosse que possible.
Le Capitaine pivota sur ses talons et nous aperçut. Son visage était devenu
subitement livide sous le hâle ; le nez seul restait bleu. On eût dit un homme
qui se serait trouvé face à face avec le diable, ou pis encore si c’est possible.
C’était une chose sinistre, et qui me fit peine, de le voir ainsi vieillir de vingt
ans, et sur le point de défaillir.
« Allons, Bill, tu me reconnais bien, tu n’as pas oublié ton vieux
camarade ? s’écria l’étranger.
– Chien-Noir ! murmura le Capitaine avec épouvante.
– Et certainement ! fit l’autre en reprenant son aplomb à proportion du
trouble où il voyait notre locataire. Chien-Noir en personne, qui est venu
faire visite à son vieux camarade ! Mon pauvre Bill, en avons-nous vu et
fait ensemble, depuis le jour où j’ai perdu ces deux doigts-là !… ajouta-til
en levant sa main mutilée.
– Eh bien… puisque tu m’as déniché, dit enfin le Capitaine d’une voix
altérée, me voilà ! Parle, au moins, que me veux-tu ?
– Ah ! je reconnais mon Bill !… toujours droit au but. C’est aussi mon
habitude… Je prendrai donc un verre de rhum, si ce cher enfant que j’aime
déjà tant veut me l’apporter, et nous causerons de nos petites affaires, en
vieux camarades que nous sommes. »